mercredi 26 janvier 2011

la simplicité volontaire... volontaire ?

Oui, je sais, on en entend tellement parler que parfois, ça commence à nous tanner les oreilles. N'empêche, tout n'a sûrement pas encore été dit sur le sujet. Tout n'a pas encore été réfléchi non plus. Voici donc où en est ma réflexion sur la question.

Dernièrement, Serge Mongeau, celui qu'on surnomme le père de la simplicité volontaire au Québec, accordait une entrevue à Rue Frontenac, le site des employés en lock-out du Journal de Montréal.   

Quand monsieur Mongeau dit :
 « La consommation ne mènera jamais au bonheur, reprenons plutôt le contrôle de nos vies ».
c'est facile d'être d'accord et je ne connais personne qui ne l'est pas. Je suis d'accord aussi qu'on n'a pas envie de mettre toute notre énergie à un/e job et ainsi possiblement passer à côté de l'essentiel. Ce qui est sûrement plus facile à faire quand on a pu mettre des sous de côté, et/ou qu'on est un « ancien médecin qui a quitté la profession pour mieux se concentrer sur la santé ». Bien sûr, c'est très inspirant de voir un professionnel qui a un très bon salaire changer son mode de vie pour vivre plus sobrement. Avec un revenu de 15000$, oui, je sais qu'on peut y arriver. Si on vit seul dans une maison déjà payée, dans une ville où il y a des transports en commun accessibles ou qu'on est en co-location. Mais que se passe-t-il si on occupe un emploi hors circuit (ou horaires) des transports en commun ? Ou si on a un emploi beaucoup beaucoup moins rémunéré qu'un médecin ? Est-ce que nous avons tous un revenu de 15000$ ? Par personne ? Pas chez nous, en tout cas. Une amie nous faisait la remarque l'an dernier qu'avec un revenu annuel de 15000$ chacun, ses deux colocs et elle ont au total un meilleur revenu que nous qui sommes quatre. 

Avec une famille, on vit différemment. On pense différemment. On compte différemment.
« La simplicité volontaire repose essentiellement sur un mode de vie recentrée sur les besoins essentiels, les plaisirs simples et l'engagement dans sa communauté », écrit Isabelle Maher.
Je trouve ça bien joli mais aujourd'hui j'en suis ailleurs dans ma réflexion sur ce concept. Je vous explique un peu pourquoi. La description, je suis d'accord avec. Le concept, il me semble vraiment bien sauf que... 

Quand j'ai entendu parler de simplicité volontaire dans les années '90 - j'ai lu le livre de monsieur Mongeau - j'ai peut-être mal compris. J'ai cru que le propos s'adressait à tout le monde et j'ai mis de l'avant les principes, sans aucun effort. Comment ? Facile ! Je vivais déjà simplement depuis toujours (ou presque). Quand j'étais jeune, nous vivions humblement: mes parents n'étaient pas riches et devaient sûrement parfois bûcher, comme on dit en québécois, pour boucler les fins de mois. Puis, je suis partie en appart' (un et demi, meublé) avec mon chum, et mon trousseau: deux fourchettes et deux cuillères. Bon, on avait aussi une télé et un système audio, achetés dans les années précédentes avec nos petits épargnes. C'est tout. Notre premier petit déj', on est allés l'acheter, à pied, au dépanneur d'à côté: une boîte de gaufres qu'on a réchauffées au four (on n'avait pas de grille-pain) et qu'on a mangées dans des assiettes en alu achetées en même temps.

Puis, on a vieilli, on a accueilli des enfants dans notre petit logement - devenu un jour petite maison - et on a continué de vivre la simplicité volontaire. 

Volontaire ? 

En fait, avec le recul, un peu pas mal d'introspection et un sens de l'observation plus aiguisé, j'ai réalisé un jour que j'ai probablement caché une certaine pauvreté avec ces mots: simplicité volontaire. Une amie m'avait déjà fait la remarque que chez elle c'était plutôt de simplicité forcée qu'il s'agissait... Je n'ai alors pas pensé que c'était à peu de choses près pareil chez nous. C'était embêtant de (me/nous) l'admettre car je nous savais moins pauvres qu'eux...  Sans compter qu'à l'époque, je ne trouvais pas comment répondre à cette injonction de certains proches: t'as qu'à te prendre un job si vous n'arrivez pas

Ça devenait irritant d'entendre toujours la même chose. On ne voulait pas nécessairement plus d'argent. Seulement, on avait choisi - oui, oui, choisi - de partager notre temps et les activités de vie de façon à ce qu'au moins l'un de nous soit présent auprès de nos enfants. Et je refusais d'argumenter avec des personnes qui ne semblaient pas avoir envie de savoir. C'était notre choix de vie et nous n'allions pas revenir là-dessus. Alors, j'ai parfois joué à faire semblant qu'on était des simplicitaires. Un jeu parfois ennuyeux. Surtout pour des enfants qui en avaient assez à un moment de manger du gruau nature (parfois raté) trois matins par semaine et qui rêvaient de fruits frais. Ce qui est quand même assez cher ! 
  Quand au jus de fruit, c'était un demi-verre chacun, bien mesuré, une fois par jour. Un jour, j'ai vu, parce que j'ai regardé, que nous étions peut-être plus pauvres que simples depuis un moment. Simplicité forcée... oui, je suppose qu'on peut dire ça comme ça. Ce dévoilement, je me le suis fait au contact d'autres mamans sur une liste de discussion française. Pas facile... Mais vaut encore mieux la vérité toute crue, comme le dit le nom du site web gauchiste de Winnie dans le film Wall Street, l'argent ne dort jamais que le moindre aveuglement.

Enfin, j'en suis venue à penser que le message de la simplicité volontaire rejoint facilement et depuis longtemps des gens qui n'en ont pas besoin. Ceux qui sont déjà sensibilisés car membres de toutes sortes d'organismes à but non-lucratif. Ceux qui reçoivent des courriels et des invitations à des conférences ou des salons sur le sujet depuis belle lurette. Ceux qui vivent déjà simplement. Ou pauvrement.
« Alors, pourquoi les gens ne vous écoutent pas ? », demandait la journaliste de Rue Frontenac à monsieur Mongeau ?
Je réponds que c'est parce que le vrai message s'adresse aux 'riches'. Aux gens assez riches en tout cas pour se permettre d'avoir moins que ce qu'ils ont sans manquer de rien. (et, svp, n'en faisons pas une grille applicable à tous. ) 
La question pourrait-elle plutôt être : « comment rejoindre ces gens ?»
Ma réponse, personnelle, est que je ne crois pas qu'il soit nécessaire de les rejoindre. 
Ou peut-être que si... mais pas pour leur vanter les mérites de la simplicité volontaire.
Si plusieurs ne se mettent pas à la décroissance, ce n'est peut-être pas parce que « la société entière nous pousse à la consommation », comme semble le croire monsieur Mongeau. J'ai un autre avis sur le sujet. 

Je sais que c'est surtout parce que, dans notre genre de culture, la vie manque de... vie ! On naît dans un monde où les enfants n'ont pas leur place; où on n'est pas respecté en tant qu'être humain; où nos besoins (d'attachement) ne sont pas comblés par nos parents forcés de travailler ailleurs ou sans leurs enfants avec eux pour rapporter de quoi payer la nourriture et l'abri; où notre présent n'a aucun intérêt ($) mais notre avenir, lui, semblerait que si. 

Je pense que le vrai problème, ce n'est pas que la société nous pousse à la consommation. Ça me paraît une erreur de regarder la problématique sous cet angle. Quand les besoins humains sont satisfaits, personne ne cherche à avoir plus, posséder plus, toujours plus. Personne ! Mais quand ils ne l'ont pas été... là, c'est une autre histoire. Et c'est de cette histoire-là que je veux parler maintenant. 
Pas de simplicité volontaire.
Encore moins de simplicité forcée, non merci.
Mais de besoins humains comblés.
Après ça, on pourra peut-être trouver un sens à notre vie. 
À la vie ! 
À la poursuite de la vie humaine sur cette belle planète bleue... non, verte.
N'est-ce pas ?

Ah oui, j'allais oublier, si vous voulez en savoir plus à propos de la simplicité volontaire chez nous, allez voir en page 8 du bulletin d'automne 2010 du GSVQ
Vous voulez aussi lire la suite ? 
Vous la trouverez en page 15 du bulletin d'hiver.
Et si vous en avez le goût, faites-nous signe, on prendra une tisane et on essaiera de changer le monde ensemble. 
Et puis ... on pourrait inviter Serge Mongeau ? ;-)

Edith