mardi 31 décembre 2013

Tantôt au supermarché - 2

Vous vous rappelez ce billet Tantôt au supermarché... ?
Voici un autre fait vécu, tantôt au même supermarché.

Une maman fait les courses avec sa petite fille, un an tout au plus. 
Mignonne, jolies joues rondes, charmante avec son chapeau rose et beige. Assise dans le caddie, elle mordille quelque chose, je ne vois pas ce que c'est. Elle chigne un peu, par moments, et la maman répète, doucement, que ça ne se mange pas, ça. Et la petite mordille, et chigne un peu. À quelques reprises, la maman répète que ça ne se mange pas, ça. Je passe près d'elles, je souris et rigole en questionnant tout haut: comment, il n'y a rien, ici, qui se mange ? :-) La maman me sourit et continue sur la lancée de la blague. 

Il y a quelques minutes, je commençais à sentir l'impatience: même si tu fais gnagnagna ou bababa, ça ne sera pas moins long... , elles sont peut-être fatiguées, affamées ? Là, elle sourit de nouveau. Empathique, elle dit à la petite fille qu'elle sait que c'est long, et qu'elle n'en a plus pour bien longtemps. :-)
(me rappelant ces fois où je remerciais mon petit de sa patience, en l'embrassant.)

À la caisse, c'est un peu ... long ! (On est le 31 décembre, 16h30, imaginez le travail sans relâche de toutes ces caissières et emballeurs!)
La petite chigne un peu.
Je suis dans la file juste à côté, je lui souris, et hop! nous poursuivons ce jeu de 'coucou' - qui ne s'est sûrement jamais arrêté - il doit bien exister quelque part dans le monde à chaque instant, non ?
Je souris, elle sourit. Je détourne le regard, et reviens lui sourire. Elle rit de plus belle. Je me détourne complètement, l'air de chercher quelque chose, et me retourne vers elle, de plus en plus rapidement, en faisant bien attention de ne jamais le faire sur un 'rythme' reconnaissable. Nous nous amusons bien. La maman sourit de plus en plus aussi. Et dans ce moment de joie, arrive le temps de passer à la caisse pour le monsieur qui est devant elles. 

Et le monsieur recule avec son caddie, et ... leur cède la place ! Tadam! 
Allez-y, je ne vais pas vous faire attendre.  La dame hésite: non, ça va... 
Le monsieur insiste: je ne vais pas vous faire attendre.
Il fait ce qu'il y a à faire. 
Spontanément. 
Logiquement.

Ce monsieur a fait ma journée !
(La dernière de l'année en plus !) 

MERCI monsieur !

Édith
Pour tous les enfants, et toutes les mamans (et les papas aussi) ! ♥

mardi 17 décembre 2013

Le unschooling, une attitude

Pauline, Antonin et André Stern à la Première de Alphabet, Vienne, 9 octobre 2013

Des parents se demandent souvent comment faire, comment répondre aux besoins de l'enfant, ou si ceci ou cela est vraiment 'unschooling'.
On entend ou on lit parfois que le unschooling est une philosophie, ou un mode de vie.
J'ai posé la question à André Stern, en juillet 2012.
Sa réponse rejoint ce que j'ai ressenti comme parent.
La voici:

« Il n'y a pas de philosophie, pas de méthode. Un mode de vie, c'est déjà plus près, mais c'est une attitude surtout.
Mes parents étaient émus, ils nous ont vu grandir, marcher, parler sans intervention éducative, sans incitation, chacun à son rythme. Ils sont émus, ils le sont encore, ils vivent une seconde vague avec Antonin; ils rencontrent l'enfance d'Antonin avec un confiance décuplée. 
Leur attitude principale c'est l'observation. En position d'observation, on se met à l'abri des erreurs qu'on peut commettre. On n'a plus le temps de réfléchir. Porté par la curiosité, j'observe quel sera le prochain pas naturel dans la disposition spontanée de l'enfant, plutôt que de chercher de quelle manière je pourrais induire le pas suivant.

Anecdote: Antonin s'est mis à dire : « 2, 4, 6 ». Pourquoi ? On ne sait pas.
Il entendait un chiffre, et répondait: « 2, 4, 6 ».
Nous sommes habités par la curiosité de voir venir l'étape suivante. Dans le monde des autres, qui n'est pas toujours comme le nôtre bien que nous en fassions partie, un adulte un peu choqué de le voir rayonnant répéter 2, 4, 6, nous a dit: «Vous ne pouvez pas le laisser dans une telle erreur, il prononce mal, il compte mal, c'est votre responsabilité de lui montrer». Il a dit à Antonin: « Il faut dire 1, 2, 3, 4, 5, 6,...».

Je m'appuie sur la neurobiologie moderne; l'enfant se tourne vers ses personnes de référence primaire: ses parents. L'enfant attend d'eux un acquiescement, un feu vert. Ça s'inscrit dans l'enfant. On a une responsabilité immense, il s'agit pour nous de donner à sa disposition spontanée l'acquiescement qu'il attend; nous validons et alors, toutes les autres influences n'ont aucune prise sur lui.

Antonin l'a regardé, a répondu: «2, 4, 6 ».

Plus tard, il s'est mis à dire: « 1, 3, 4, 6 ».

L'enfant a une telle envie, un tel besoin d'acquiescement, de référence, il est prêt à abandonner sa disposition spontanée au nom de ce qui reçoit un bon accueil de la part de ses personnes de référence. L'on peut laisser l'enfant dans sa disposition, ou lui imposer la nôtre : quelle responsabilité immense!

On savait qu'un autre pas viendrait après 1, 3, 4, 6, si on n'intervenait pas. Nous voulons être sûrs que son évolution soit son évolution personnelle et non le fruit de notre intervention. Voilà ce qui meut depuis toujours mes parents. »


lundi 9 décembre 2013

André Stern - INTERVIEW

Voici un montage, publié par Jean-Pierre Lepri, du CREA, d'extraits de cette interview d'André Stern avec Joanna du site Moodstep.


Huit minutes de bonheur, de vie, de vraie vie, comme on dit chez nous !


vendredi 6 décembre 2013

À votre santé !

Green Day  !

jus vert: pommes, concombre, coriandre
smoothie vert: épinards, banane, mangue, ananas, lin, chanvre

mercredi 4 décembre 2013

La mauvaise fenêtre !

Master sword et Bouclier de Link -
The Legend of Zelda -
faits à la main (J'OSE la vie!)
The wrong window! - Karen James
Traduction: Jérôme Pageau, J'OSE la vie!

« Jouer à des jeux vidéos signifie beaucoup plus que ce que la plupart des gens voient quand ils se tiennent à l'écart, en regardant par la fenêtre qu'ils appellent 'temps d'écran'. »
~ Karen James

lundi 2 décembre 2013

Tantôt, au supermarché...

un petit enfant (quatre ans, peut-être cinq), hurle en poussant son petit panier (kart), il pleure et cherche... les gens le regardent, certains lui cèdent le passage lorsqu'il passe près d'eux.
Une fois encore, la réaction culturelle veut prendre le pas sur la nature, on détourne le regard, mal à l'aise...
Mais, si ce malaise était naturel ? comme le dit toujours mon fils.
Si cette sensation naturelle était là pour quelque chose ? 
Pour nous appeler ?
Nous appeler à l'action ?
Toutes nos fibres nous appellent à répondre à cette demande d'aide... pourquoi ne pas les suivre ?


Comme d'habitude, je suis poignée aux tripes par le mal-être de cet enfant.
Je m'éloigne de la caissière en disant que cet enfant cherche quelqu'un, son parent, je suppose - je sais qu'elle entend, et qu'elle attendra. 

Je m'avance doucement vers l'enfant, je suis encore assez éloignée quand je vois un homme s'approcher face à lui. Vu la réaction de l'enfant, je comprends tout de suite qu'il est son papa. Rassurée, je reviens vers la caissière, tout en gardant un œil sur leur réunion, le câlin qui va naître, la joie chez tous les deux. 
Je n'imagine pas un instant ce qui va suivre...

Le papa empoigne l'enfant par le bras, le pousse rapidement au mur du fond, derrière les tables du café. Il se penche vers le petit visage ruisselant de larmes, qu'il essuie comme il lui  parle, rudement, l'index pointé sur le petit nez... 
Je ne peux pas faire comme si de rien n'était: j'avance de nouveau, doucement, vers eux. J'essaie de voir si je peux entrer en contact visuel avec l'enfant. Il peut, s'il regarde plus haut, plus loin, voir les gens dans le supermarché; le père leur tourne le dos. Si je peux au moins avoir un contact visuel avec le petit...
Parfois, lorsqu'on établit ce contact avec celui qui souffre, il y a quelque chose qui se passe, un tout petit quelque chose, peut-être, mais, dans un tel moment, ce petit quelque chose peut faire une différence, je le sens.
Parfois, il m'a paru que l'enfant se sentait comme ... soulagé, je crois. Peut-être juste de savoir que quelqu'un est là, que quelqu'un se soucie de ce qu'il vit ? Que son mal-être est reconnu, plutôt qu'ignoré, banalisé. Normalisé. Saura-t-il que ce qu'il ressent au-dedans est vrai, que c'est important ?  Qu'il est important ?


Tantôt, au supermarché, comme chaque fois que j'ai été témoin de ce genre de déconnexion, je ne savais trop que faire, comment agir, ou parler.
Et que dire ? Et à qui ?

Comment - et peut-on - aider à mettre fin à cette intimidation, ce manque de connexion, de relation ?
Que puis-je faire ? 
Qui ne créé pas un malaise plus grand chez l'un ou chez l'autre ?


C'est instinctif, j'ai un élan naturel vers l'enfant ; je veux montrer mon soutien.
Je peux aussi avoir une pensée pour le parent (fatigué ? épuisé ? seul ?) qui laisse aller (ou perd sans le savoir ?) la connexion avec son enfant.
Que faire ? 
Pour que, le plus rapidement possible - pour tous les deux - l'enfant soit accueilli avec bienveillance, ramené, avec amour, dans un espace de bien-être ? Que le parent (re?)trouve cet espace de bien-être et d'amour inconditionnel pour son enfant ?
 ...

Si on a l'impression de manquer de patience, de temps, d'énergie, 
faire le choix de l'offrir permet de réaliser qu'on a ce qu'il faut.

Ce que je pense ne pas avoir, dès que je l'offre à mon enfant, je le reçois aussi. 

Comme l'écrit Sandra Dodd dans le Big Book of Unschooling:
« Offrez à vos enfants ce que vous aimeriez avoir eu étant enfant  
et vous pourrez guérir votre enfant intérieur dans le processus. »

Mais ... comment dire cela à un parent envahi par l'émotion ?
Quelle est la meilleur action à faire ? 
Avancer et demander ce qui ne va pas ? 
Demander si tout va bien ? Si on a besoin d'aide ?
Je l'ai déjà fait. 
Selon les circonstances, l'endroit, comment je 'sens' la situation, parfois, j'offre mon aide. J'ai parfois été regardée comme une intruse bizarroïde, mais je l'ai fait. J'ai continué, espérant que mes mots et le ton amical que j'empruntais allaient diminuer la tension, aider à reconnecter le parent à son enfant. Un jour, j'ai dit, comme ça, à un papa qui commençait à s'énerver sur les petits bras de son bambin qui ne voulait plus être assis dans la poussette: « C'est long au centre d'achats, n'est-ce pas ? Il n'a plus envie d'être dans la poussette, hein ?! Il aimerait peut-être bouger un peu, marcher quelques pas ? » J'ai eu l'impression que l'enfant et le papa se sont sentis compris. Il a détaché le petit, ... qui a couru se réfugier sur sa maman, qui était là, accompagnée de deux autres enfants, à quelques mètres de nous.

Aujourd'hui, j'ai espéré, lorsque j'ai capté un bref instant le regard mouillé du petit garçon, que ça irait. Il a ouvert ses petits bras, et enlacé son papa, qui le menaçait toujours de l'index et de mots que je n'entendais pas. Je suis sortie. Emplie d'espoir et d'amour pour ce petit humain si fort, si grand. Et d'exaspération, et d'impatience aussi. 
André Stern disait, lors de certaines conférences « qu'il est un lion quand il s'agit de protéger les dispositions spontanées de l'enfant. » 
Je n'y avais jamais songé avec ces mots auparavant, mais je suis peut-être lionne, ou louve, ou renarde, alors, maman, en tout cas.

Pour autant, je ne voudrais pas que le parent se sente condamné. 
Je ne voudrais pas avoir participé à ajouter au mal-être de l'un ou de l'autre.
J'ai déjà entendu parler qu'il serait possible que se sentant 'pris en défaut', un parent se retrouvant seul avec son enfant plus tard défoule sa frustration sur lui...
Est-ce vrai ? 
Est-ce possible ?
Je ne veux pas le savoir. 
Je ne veux pas y participer.


Je veux avoir fait quelque chose. 

Ne rien faire, faire semblant qu'il ne se passe rien, m'est impossible. 
Pas que pour les enfants d'ailleurs, pour quiconque est victime d'intimidation.
Et vous ?
Que faites-vous ?
Avez-vous déjà vécu ce genre de situations ?
Y a-t-il un moment où vous êtes arrivés à démontrer votre accueil, un soutien, et que l'issue a été heureuse ?

Autre question
Comment faire pour que le sujet soit ouvertement abordé, afin que les parents se sentent soutenus, partout, lorsqu'ils se sentent fatigués, seuls, ou impuissants? Qu'ils se sentent bienvenus de demander de l'aide, ou de quitter, sans malaise, pour aller se mettre 'au chaud' AVEC leur enfant, quelque part ?

Et puis

Que peut-on faire, et comment le faire, pour que les parents sachent que oui, c'est naturel, normal, et parfaitement bien, de suivre le rythme de l'enfant, partout, en tout temps ? 

Comment faire pour que chaque parent ose suivre son instinct, ses fibres de parent, qui le poussent à aimer et respecter son enfant ?


Au plaisir de vous lire !


Avec tout mon amour pour ce petit garçon, 

son papa, 
sa maman,

Edith